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Sanitairement incorrect : Difficile retour de la bise après le confinement

Quarantink – Jour 11 « bise »

Avec la distanciation sociale puis le confinement, la pratique de la bise s’est raréfiée ces dernières semaines. Que restera-t-il de cette salutation à la française après le confinement ? Les médias français se sont penchés sur le sujet.

« Nous voilà forts dépourvus lorsque la bise n’est plus la bienvenue » lance France Culture en guise d’introduction. Cette tradition française au multiples singularités régionales et stigmatisée à l’étranger est en danger à cause du coronavirus estime France Inter qui cite le sociologue et anthropologue David Breton :

Je pense que la pratique des poignées de mains entre hommes perdurera, alors que la bise, pratique plus féminine, plus personnelle et volontariste, pourrait faire les frais de cette période de confinement.

Pour Usbek et Rica, loin d’être une catastrophe culturelle, la disparition de la bise est aussi une idée qui ravit les plus réservé·es et les adversaires du sexisme ordinaire. Les messages partagés sur le compte instagram @preparez_vous_pour_la_bagarre sous le hashtag #parlonsbise en témoignent.

En retraçant l’historique du baiser – du latin « basium » désignant un bisou de tendresse amoureuse, les trois médias rapportent le même phénomène : Après les grandes crises sanitaires, la peste noire du XIVème siècle par exemple, la bise a reculé. Pour David Breton, cette fois-ci cela pourrait même aller plus loin :

Le confinement va radicaliser des tendances notamment les courants de pensée qui estiment que le corps est en trop, un élément gênant à l’avancée de la technologie, voire une menace.

Rendez-vous est pris en mai pour prolonger la réflexion.

Distance de sécurité : Le Covid-19 peut-il contaminer par voie aérienne ?

Quarantink – Jour 10 « Distance » [Instagram @quarantinkproject]

Contribution pour la rédaction de Journalistes Solidaires

Alors que l’OMS répète que le coronavirus n’est pas « volatile », une récente étude prouve que le Covid-19 peut encore être présent dans l’air 3 heures après sa pulvérisation. Les deux affirmations sont à priori contradictoires. Tout dépend du sens du mot « volatile ».

Le 6 mars, le directeur général de l’OMS affirmait sur son compte Twitter que le Covid-19 « n’est pas volatile en réalité. » Assertion reprise dans un tweet de l’OMS le 28 mars. Le 17 mars, un article scientifique déterminant le temps qu’il faut au virus pour disparaître d’une surface ou dans l’air paraît dans le « New England Journal of Medecine » (NEJM). Les auteurs y affirment : « Le SARS-CoV-2 est resté vivant dans l’aérosol pendant la durée de notre expérience (3 heures). »

Ce qui, à première vue, paraît être une contradiction entre l’OMS et l’étude du NEJM doit être éclaircie. L’étude a bien prouvé que le virus restait dans l’aérosol pulvérisé lors de l’expérience, en revanche il n’est pas indiqué que le virus peut « flotter dans l’air » pendant une période prolongée. Par ailleurs, les chercheurs ont observé que la moitié des virus Covid-19 n’était plus contagieuse après une heure et quart dans l’aérosol de l’expérience.

Le virus est « volatile » sur une très courte distance

Interrogé par le site américain FactCheck.org, un des auteurs de l’étude, Dylan Morris, chercheur à l’université de Princeton, a clarifié la situation : « plusieurs virus sont ‘volatiles’ – de la rougeole à la grippe, en passant par le SARS-Covid-2 – dans le sens où, une façon de tomber malade est d’inhaler les particules du virus (‘virions’) d’un éternuement ou d’une toux qui se trouvent dans l’air« , explique-t-il, « le nœud du problème est que bien souvent, quand les gens disent ‘volatile’,  ils veulent dire qu’il y a un risque d’y avoir des particules flottant dans l’air – ou se lèvent depuis le sol – bien longtemps après qu’une personne infectée les a éternuées. »

C’est sur ce point que l’OMS et Dylan Morris étude se rejoignent : Il n’y aucune preuve aujourd’hui pour affirmer que le virus peut contaminer par simple inhalation aérienne. Le Covid-19 est transporté dans l’air sur une petite distance par les gouttelettes de toux ou d’éternuement.

L’humidité et l’intensité de flux aériens jouent aussi un rôle

La question de la volatilité du virus n’est pas si simple comme le souligne le magazine américain des sciences et technologies Wired : Une expérience menée en laboratoire ne prend pas en compte les facteurs comme l’humidité de l’air ou bien la force des flux, “lorsqu’on va près de l’océan par un temps venteux, par exemple, on sent les embruns de la mer sur le visage, on reçoit des gouttelettes d’une taille que l’on pourrait décrire comme “non volatile” dans les annonces de santé publique.” Par ailleurs, Wired relève que la définition de “volatilité” n’est pas la même d’un travail scientifique à un autre.

La recherche sur les voies de transmission du virus n’est qu’à ses débuts. Ce qu’il faut retenir pour le moment, le Centre chinois du contrôle et de prévention des maladies le résume en deux phrases : « les gouttelettes expirées et le contact proche sont les voies de transmissions principales. Une transmission par aérosol est possible dans un environnement clos, par longue exposition et de grandes concentrations [de virus] dans un aérosol. »

Confinement : La France manque de bras dans les champs

Quarantink – jour 8 « pénurie »

Avec le confinement toute l’économie tourne au ralenti. L’agriculture compte parmi les secteurs essentiels qui continuent l’activité. Problème : elle vient maintenant à manquer de main d’œuvre.

Interviewé par Jean-Jacques Bourdin sur BFMTV le 24 mars, le ministre de l’agriculture, Didier Guillaume, a appelé « l’armée de l’ombre des hommes et des femmes » inactifs à cause de la crise du covid-19 « à rejoindre la grande armée de l’agriculture française » – on remarque ici que le ton martial martelé par le Président lors de son allocution du 16 mars est respecté par le ministre de l’Agriculture.

Selon Christine Lambert, présidente de la FNSEA, principal syndicat des agriculteurs, le secteur primaire a besoin de « 200 000 personnes sur les trois mois qui viennent dont 45 000 au mois de mars, 75 000 avril et autant en mai » rapporte le Ouest-France. Les ouvriers étrangers, polonais et roumains notamment, manquent à l’appel des mesures de lutte contre le Covid-19 en France et en Europe.

Pour agir rapidement, le syndicat a mis en place desbraspourtonassiette.wizi.farm en collaboration avec l’Agence nationale de l’emploi et de la formation en agriculture (Anefa), Pôle emploi et le ministère du Travail. L’objectif du site est de mettre en relation les agriculteurs avec les volontaires prêts à « aider » – Il est intéressant de noter que l’on y invite les personnes disponibles à « aider » et non pas à « travailler ».

Paris : Les indicateurs de pollution enfin dans le vert

Quarantink – Jour 7 « Masque »

Les cyclistes qui avaient l’habitude de porter des masques anti-pollution vont être heureux le jour où le confinement prendra fin. Le 23 mars 2020, la pollution de l’air est “faible” dans la capitale selon le site de l’association Airparif. Mais contrairement à ce qu’on pouvait penser, le niveau de pollution n’a pas chuté directement après le début du confinement.

Depuis mardi 17 mars, la circulation est fortement réduite à Paris. Intuitivement, on pouvait s’attendre à une baisse aussi marquée de la pollution dans la capitale. Ainsi, la semaine dernière, nombreux ont été les commentaires surpris face au niveau de pollution qu’Airparif jugeait encore “médiocre” :

Pour répondre à ces interrogations, Airparif a avancé une première explication : Les faibles températures en matinée et en soirée forcent les gens à se chauffer chez eux. Les chauffages au bois et au gaz rejettent des particules. Il en est de même pour l’activité agricole qui engendre une pollution favorisée par ailleurs par les conditions météorologique actuelles.

Face à l’afflux des demandes, Airparif a annoncé la publication d’une étude sur les effets du confinement sur la pollution à Paris et en Ile-de-France au cours de la semaine.

Affaire à suivre…

Never with U – La chanteuse de “The Do” se lance en solo et devient “Prudence”

Quarantink – Jour 6 « Prudence »

Le 20 mars 2020, Olivia Meriahti alias “Prudence” sortait sa première chanson “Never with U”. Le style est radicalement différent de la musique de “The Do” même si on y retrouve quelques ressemblances.

“I am my own boss” prévient Prudence. Dans un clip à l’ambiance “nuit et néons” rappelant les films futuristes des années 80, elle se transforme en super-héroïne, casque sur la tête et combinaison de latex, pour aller sauver son homme.

La musique est minimaliste, à l’instar des compositions de “the Do”. Elle vient simplement soutenir la voix d’Olivia Meriahti. Pendant les refrains en revanche, on ne peut s’empêche de faire le parallèle avec “Fairy Dust”, de Tove Lo.

Il falloir encore attendre pour écouter son album, aucune date n’est annoncée pour le moment.

Des journaux de confinement à la frontière du réel

Quarantink – Jour 5 « frontière »

Leïla Slimani pour Le Monde, Lou Doillon pour France Culture, Marie Darrieussecq pour Le Point, les bien nommés « journaux de confinement » se multiplient depuis le début de la semaine. Problème : Ils affichent un confinement idéalisé, en décalage avec la réalité.

« À quoi bon la science-fiction » écrit Marie Darrieussecq, « cela ressemble aux histoires qu’on invente à Hollywood » pour Leïla Slimani : le constat est le même, cette situation exceptionnelle dépasse la fiction. La crise donne l’occasion à ces deux écrivaines de composer des textes autobiographiques aux allures de contes de fées depuis leur maison de campagne, en Normandie ou au Pays Basque.

Confinées dans leurs belles maisons de campagne

Personne ne leur réfute la beauté des scènes qu’elles décrivent. Leur contribution sur la vie en confinement sont revanche critiquées pour l’indécence des textes. Les protagonistes y vivent leur meilleure vie pendant que d’autres sont dans la dure réalité de la crise : ceux qui n’ont pas les moyens de fuir à la campagne et restent confinés dans leur 10m2 parisien ou bien le personnel soignant mobilisé contre le virus.

En réponse à ces textes que certains pensent décalés par rapport à la gravité de la situation, des parodies sont apparues sur Twitter, comme celle de @Mmaestracci :

Sur le site de Marianne, l’écrivaine Diane Ducret peint un tableau plus terre à terre : « Depuis ma fenêtre, on ne voit pas le ciel. L’immeuble d’en face est sale,les rues vides me filent des angoisses cafardeuses. » Dans son commentaire, elle avoue avoir fait le parallèle entre Leïla Slimani et Marie-Antoinette. Pour elle, « la crise sanitaire agit comme un révélateur d’inégalités sociales » et déplore que « sitôt que notre chère, si chère liberté est remise en cause, l’égalité se montre un idéal et non une réalité. »

Covid-19 : Le gouvernement français a peur pour l’économie du pays

Quarantink – Jour 4 « peur » [instragram @quarantinkproject]

Selon l’Organisation internationale du travail, 25 millions de personnes risquent de perdre leur emploi à cause du Covid-19 dans le monde. En France, le gouvernement fait tout pour garder certains secteurs en activité. Tant pis pour les contradictions.

Jeudi 19 mars, au micro de LCI, la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, s’en est prise au « défaitisme » des syndicats du bâtiment qui appellent à stopper le travail sur les chantiers. « On a besoin de tous le monde sur le pont » a-t-elle asséné. Le BTP n’est pas concerné par les mesures de chômage partiel annoncées lundi soir par le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, pour pallier les conséquences économiques du confinement total.


Même destin pour les livreurs de repas à domicile. Le ministère de l’économie a publié lundi 16 mars « un guide de précautions sanitaires ». Une liste de gestes à accomplir pour éviter d’attraper ou de colporter le virus. Ils se retrouvent à attendre les commandes qui arrivent au compte goutte maintenant que la majeure partie des restaurants ont fermé. Mis à part la suppression des cotisations du mois de mars, aucune annonce de compensation financière n’est faite en leur faveur.

Mercredi 18 mars, un « projet de loi d’urgence » a été présenté en conseil des ministres. Il prévoit notamment d’assouplir le travail dominical, réguler les congés payés – ils pourraient alors être imposés par l’employeur – et d’étendre le dispositif de chômage partiel jusqu’aux salaires. Les mesures seront appliquées par ordonnance pour éviter un effondrement de l’économie du pays. Quelles seront les conséquences financières et sanitaires pour les hommes et les femmes mobilisés ?

#restezchezvous.

Covid-19 en Europe: L’Allemagne ferme ses portes aux étrangers et aux réfugiés

Quarantink – Jour 3 – Étranger [instragram @quarantinkproject]

Mercredi 18 mars, le Porte-parole du ministère allemand de l’Intérieur, Steve Alter, a annoncé dans un communiqué aux médias allemands « l’abandon du plan humanitaire d’accueil des réfugiés ». le 9 mars, la coalition SPD/CDU avait décidé de prendre en charge jusqu’à 1500 mineurs isolés venant des camps de réfugiés des îles grecques. La crise sanitaire du Covid-19 a changé la donne.

Cette annonce survient à la suite de la fermeture, en Allemagne, de plusieurs frontières terrestres et la limitation du transport international aérien et maritime survenues respectivement dimanche soir et mardi soir. À la suite de ces deux mesures, le Tagesspiegel relevait : « plusieurs experts craignent que les demandeurs d’asile seront refoulés à la frontière allemande jusqu’à nouvel ordre ». Mais « jusqu’à présent, les demandeurs d’asile ne sont pas reconduits à la frontière européenne extérieure », relate la Süddeutsche Zeitung.

Dans le communiqué, Steve Alter également ajourné le « Resettlement-Programme ». Depuis 2012 l’Allemagne accueille chaque année, dans le cadre de ce programme, environ 5000 migrants provenant, entre autres, de Syrie, de Turquie et du Liban. Il est maintenant reporté sine die.

En Grèce, le virus inquiète. Sur les îles de la mer Égée, où se trouve actuellement près de 40 000 réfugiés, le défi est d’éviter que les camps soient touchés par le Covid-19. Les conditions de vie et les infrastructures, déplore la Frankfurter Allgemeine, ne permettent pas la mise en place de mesures d’hygiène strictes ; La concentration de personne est telle que le coronavirus s’y propagerait rapidement. Pour le moment, aucun cas n’a été détecté dans l’enceinte.

Face au Covid-19 : La couronne de l’anticipation revient à Taïwan

Quarantink 2 – Couronne [Instagram: @quarantinkproject]

Le 17 mars 2020, Taïwan compte 77 cas avérés de coronavirus depuis le début de l’épidémie. 22 sont déjà guéris et on ne déplore qu’un seul décès. Des chiffres impressionnants au vu de la proximité géographique entre l’état insulaire et la Chine. En réalité, Taïwan a largement anticipé la venue du virus.

« Dès le 31 décembre 2019, après l’annonce de cas suspects, les autorités contrôlaient déjà les passagers chinois provenant de la ville de Wuhan, avant même qu’ils descendent de l’avion », c’est ce qu’affirme Jason Wang, dans un article mis en ligne le 3 mars. Ce chercheur et spécialiste de l’analyse des politiques de santé à l’université de Stanford s’est penché sur les 124 mesures que le gouvernement taïwanais a prises pour lutter contre le Covid-19. De celles-ci ressort une chose : l’anticipation d’une grave crise sanitaire.

Après avoir rapidement identifié la crise, la république de Chine – c’est son nom officiel – prend des décisions radicales : Le 20 janvier, le gouvernement taïwanais se dote d’un centre de crise dédié au virus, 3 jours avant le confinement de Wuhan ; le 6 février, l’entrée dans le pays est interdite pour tous les voyageurs venant de Chine ; pour avertir la population par SMS, les bases de données des assurances maladies et de la douane sont croisées pour récupérer les numéros de mobiles des citoyens.

Si Taïwan a pu réagir très vite, c’est aussi grâce au Centre national de contrôle de la santé mis en place en 2004, juste après l’épidémie de SRAS. Exclu de l’OMS, le pays avait souffert du manque d’information et le SRAS avait causé la mort de près de 73 personnes sur l’île. « C’est presque à croire que l’exclusion de Taiwan de l’OMS a eu des effets bénéfiques » observe Libération.