L’art du transitoire à Gare des Mines

Le 3 février 2020, l’état décernait le label « fabrique de territoire » à 80 tiers-lieux en France. La Station Gare des Mine, animée par le collectif MU, en fait partie. Mais malgré l’engagement institutionnel, l’avenir de la Station est incertain. Reportage à Porte d’Aubervilliers.

Il est 17 heures à la Station, les ingénieurs du son s’affairent pour mettre la main aux derniers réglages avant le début de la soirée. Au programme, concerts live et musique électro. On est à quelques semaines seulement de la fin du bail accordé par SNCF Immobilier le propriétaire des lieux.

« Urbanisme transitoire » et précarité foncière

La Gare des Mines c’est une ancienne une gare à charbon. Il ne reste aujourd’hui qu’un bâtiment en briques rouges, noircies par la pollution, qui borde le rond point de la Porte d’Aubervilliers. Laissé à l’abandon pendant plusieurs années, la gare est réhabilitée en 2015. Un collectif installe une scène musicale expérimentale. La Gare devient « la Station » . Une expérience qui, comme le rappelle le directeur du site David Georges François, ne devait durer que 6 mois :

Mais même après 3 ans et demi, la Station est toujours dans une certaine précarité :

Attention, zone sensible

La station n’est pas seulement une scène, elle accueille également des artistes. Daniel Rotsztain est canadien, il se définit comme un géographe urbain. Il travail sur un projet de cartographie de la banlieue parisienne. Joint au téléphone à Toronto, il nous livre ses impressions sur le quartier de la Station, une zone de rupture avec la capitale :  

« La première fois que j’arrivais à Porte d’Aubervilliers, je venais de Paris et j’étais en vélo. Pour moi, le périphérique marque un profond changement dans l’espace. Les bords des banlieues donnent l’impression de s’effondrer sur la limite de Paris. »

« C’est comme un phare. Quand je marchais dans sa direction, c’était comme un point d’ancrage. Je voyais tous les gens venir de toutes les directions vers ce lieu et qui étaient différentes du reste. C’est comme si le centre de Paris se déplaçait à l’extérieur. Normalement, c’est l’inverse. »

La Station est un lieu à part, coincé entre une zone commerciale et le boulevard périphérique. La Porte d’Aubervilliers, c’est aussi une zone sensible comme le rappelle Romuald. Il habite depuis 9 ans dans le quartier Charles L’Hermite, situé à quelques centaines de mètres de la station :

Un grand chantier pour transformer le quartier est entrepris à partir de cette année. Il devrait palier ces problèmes de sécurité. Un changement vu d’un bon œil par les habitants. Odette Dalfraz, gardienne de l’école primaire de Charles L’Hermite témoigne :

Gare des Mines « no future »

Dans ce contexte, le caractère éphémère est un atout pour le futur propriétaire de la Station, Paris Métropole Aménagement. L’entreprise publique attend désormais que le réaménagement du quartier soit achevé pour engager de nouveaux projets. C’est-à-dire, à l’horizon 2022. d’ici là, David Georges François entend bien saisir toutes les opportunités :

Les espaces transitoires contraignent à réfléchir à court terme, une source frustration pour certains. Mais en contrepartie, leur faible coût et leur image de liberté attirent beaucoup. Le public comme les artistes.

Soliguide : Une carte virtuelle pour une action sociale bien réelle

Aujourd’hui, l’aide aux sans-abris est protéiforme et sans grande visibilité. C’est le constat à l’origine de la création de l’association Solinum en 2016. Sa plate-forme en ligne, le Soliguide, recense les structures venant en aide aux plus démunis. Amandine Amy, coordinatrice du Soliguide pour les Hauts-de-Seine et les Yvelines, est intervenue jeudi 24 octobre 2019 aux Restos du Cœur d’Asnières-sur-Seine pour présenter la carte.

CC-BY-SA Guillaume Amouret

« Plus que deux minutes et on ferme ! ». Il est 16 heures, pour les Restos du Coeur d’Asnières, la mission du jour touche à sa fin. Les bénévoles remplissent les derniers sacs avec des briques de lait, des steaks hachés surgelés et quelques légumes. Lentement ils s’installent dans l’arrière cuisine et attendent que la présentation commence. Mais dès son arrivée, Amandine prévient l’équipe, elle a besoin d’un ordinateur. Tous se rejoignent alors le bureau exigu de l’organisme et se serrent derrière l’écran de l’ordinateur de la directrice. Amandine peut commencer son exposé.

Tisser du lien

Avec son moteur de recherche et sa carte interactive, la plate-forme en ligne Soliguide permet de mettre en relations les structures d’aide avec les bénéficiaires. Mais la qualité de cette carte dépend de la fiabilité des informations données sur les organisations. C’est un véritable travail de tissage de liens, nous explique Amandine, en marge de son intervention.

La tâche est compliquée par le caractère volatile de l’engagement associatif, « dans le 92 (Les Hauts-de-Seine), nous avons une bonne base de donnée mais ce n’est pas facile de garder les contacts pour l’entretenir. Parfois les bénévoles utilisent leurs adresses mail personnelles, et puis, quand ils quittent l’association, elle n’est plus valable » nous confie-t-elle.

« Une réalité dure à accepter »

Murielle, la directrice du centre est enthousiasmée par le projet. C’est elle qui, à la suite d’une rencontre inter-associations, a invité Solinum aux Restos du Coeurs d’Asnières. Josette, une bénévole qui partage l’engouement général suscité par la plate-forme, évoque une anecdote où le Soliguide aurait pu lui servir.

Un jour, un couple sans-abris et ses deux enfants sont venus demander de l’aide aux Restos. Mais, faute de trouver des lits dans une halte de nuit, l’équipe des bénévoles ont orienté la famille vers un hôpital, qui à son tour, n’a pu les prendre en charge que jusqu’à minuit.

Amandine lui avoue que même avec l’aide du Soliguide, ce cas de figure aurait été compliqué à gérer. Un adulte isolé est bien plus rapidement et efficacement pris en charge qu’une famille sans abris. Une réalité dure à accepter, convient Amandine.

Les sans-abris utilisent internet

Parmi les bénévoles, une question essentielle émerge rapidement : comment les sans abris peuvent-ils se servir de la carte du Soliguide s’ils ont très peu de connexion internet ? C’est une des problématiques centrales du travail de Solinum explique Amandine.

C’est pourquoi l’organisation a développé un laboratoire de recherche sur les populations isolées, le Solilab. La première étude publiée par le laboratoire traite naturellement de l’utilisation d’internet par les sans-abris. Ils sont près de 55 % à utiliser internet quotidiennement par divers moyens. Mais Amandine reconnaît que le Soliguide est actuellement plus utilisé par les bénévoles des associations référencées sur carte plutôt que les bénéficiaires eux-même.

Alors que la présentation touche à sa conclusion, Murielle lance « ce qui serait bien, ce serait de pouvoir modifier nous-même les informations de notre fiche directement ». C’est un des objectifs futurs répond la coordinatrice. La mise à jour des fiches des associations est un travail très fastidieux, c’est pourquoi Solinum développe aujourd’hui une application sur laquelle il y aura à terme une interface utilisateur et une interface où les associations référencées pourront modifier leurs informations. Le projet est encore en plein développement.